université
de Bourgogne

L'uB au coeur
de la viticulture durable

Ancrée au cœur d’une région viticole historique, l’université de Bourgogne soutient de multiples projets de recherche viti-vinicoles et s’investit dans la formation des futurs professionnels du secteur. Elle est d’ailleurs la seule université française à disposer d’un domaine expérimental, situé à Marsannay-la-Côte. En activité depuis 1955, il apporte à la fois un support pédagogique aux étudiants de l’institut Jules Guyot, qui y effectuent différentes manipulations en conditions réelles, et répond à des demandes d’expérimentations émanant des viticulteurs et vignerons de la région. Dans ce cadre, il teste de nouveaux produits, matériaux ou micro-organismes susceptibles de mieux protéger les vignes et d’optimiser la vinification, notamment dans une optique de durabilité. Une préoccupation grandissante au sein de la filière viti-vinicole.
Une action conjointe des chercheurs et des professionnels Permettre aux professionnels d’accéder à des méthodes et des outils favorables à une viticulture durable passe par une relation étroite entre professionnels du secteur et chercheurs. C’est dans ce but qu’a été créé, en juillet 2015, le pôle Bourgogne Vigne et Vin. Ce groupement d’intérêt public, porté à l'origine par l'université de Bourgogne, le conseil régional de Bourgogne et le Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne (BIVB) met en relation les besoins du monde professionnel et les recherches menées à l’uB. Et ce ne sont pas les initiatives qui manquent ! A l’université, une quinzaine de laboratoires sont impliqués dans la thématique Vigne et Vin à différentes échelles. Les recherches menées autour de la viticulture durable rassemblent des équipes issues de spécialités très variées, de la physico-chimie à la climatologie, en passant par les sciences humaines ou la santé.
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Benjamin Bois, maître de conférences en viticulture et climatologie
Anticiper l’évolution du climat pour mieux protéger la vigne Quel temps fera-t-il… dans 40 ans ? C’est la question que s’est posée une équipe du laboratoire Biogéosciences (centre de recherche en climatologie - CRC). Derrière cette interrogation un peu saugrenue se trouve une donnée primordiale pour les viticulteurs, tenus d’anticiper l’évolution du climat sur le long terme. « En recoupant les données géographique de plus de 600 régions viticoles et des grilles de données climatiques planétaires avec projection en 2050, nous sommes en mesure de simuler les conditions climatiques auxquelles devrait être soumise la viti-viniculture mondiale dans les prochaines décennies. » explique Benjamin Bois, maître de conférences en viticulture et climatologie.

Ainsi, certains vignobles seront confrontés à une sécheresse marquée ou à un climat plus propice aux maladies, entraînant une augmentation de leur consommation d’eau ou de produits phytosanitaires. Les projections obtenues permettent aux viticulteurs se trouvant dans des régions à risques de disposer d’un temps suffisant pour repenser leurs cultures, notamment en choisissant des variétés de vigne plus adaptées au climat ou plus résistantes à certains micro-organismes. « Pour des vins d’appellation d’origine, le cahier des charges est très contraignant : mode de taille, variété, densité et hauteur de vigne… rappelle Benjamin Bois. Pour modifier ses modes de culture sans perdre son appellation, il faut modifier le cahier des charges qui s’y rattache, ce qui demandera plusieurs années. »

Sachant qu’une parcelle de vigne met 3 ans avant de produire du raisin et qu’elle atteint une production optimale après 30 années, 2050 n’est pas si loin !
Quel temps fera-t-il… dans 40 ans ?
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Olivier Mathieu, Maître de conférence dans l’équipe Sédiments, Environnements et Dynamique de Surface
de l'UMR CNRS/uB 6282 BIOGEOSCIENCES
Faire « parler » les sols viticoles La disponibilité en eau dans le sol est un facteur important pour la maturation du raisin, et, au final, la qualité du vin : une légère contrainte hydrique favorise ainsi la qualité du raisin. C’est donc quand la vigne a « un peu soif d’eau » que le vin est meilleur ! Mais comment savoir quelle est la ressource en eau d’une parcelle, si elle est disponible pour la plante et quelle est la « contrainte hydrique » de celle-ci ? Jusqu’à récemment, s’il existait des données pour les cépages rouges il existait très peu de données sur les blancs. En outre, aucune technique n’était disponible en routine. Avec une patience (et une ténacité) de fourmi, les équipes Sédiments, Environnements et Dynamique de Surface ; Centre de Recherches de Climatologie (SEDS et CRC) du laboratoire Biogéosciences ont enquêté, en mettant au point un outil très novateur.

Un doctorant, Luca Brillante a fait de la Butte de Corton son laboratoire à ciel ouvert, avec l’aide active du Domaine Louis Latour. Il a utilisé une technique insolite en « envoyant du courant dans le sol, puis en étudiant son mode de propagation à l’aide de capteurs. Il a ainsi élaboré une technique permettant de faire un lien entre les différentes couches géologiques de la butte, la nature des sols et la teneur en eau » indique Olivier Mathieu, Maître de Conférence de l’équipe SEDS.

Mais il ne suffit pas de connaître les ressources en eau : encore faut-il qu’elle soient disponibles et utilisées par la vigne ! Pendant trois saisons, l’état de « contrainte hydrique » de la plante a donc été suivi au cours de la maturation et jusqu’à vendange, notamment grâce aux techniques de spectrométrie de masse de la plateforme technologique GISMO (Geochemistry and ISotopic MethOds) labellisée par l’uB. Et la technique, longuement mise au point, a permis de dévoiler les secrets (hydriques) du sol et de la vigne.

Cartographier, modéliser, visualiser… Le comportement du courant a servi d’indicateur et l’équipe a pu cartographier au cours de l’année la quantité d’eau du sol sur différentes placettes de la parcelle et faire un lien avec l’état de contrainte hydrique de la plante. Ce lien a été possible grâce à l’utilisation de puissants calculs informatiques suivant la technique du « machine-learning » (ou apprentissage automatique). Mieux, les résultats ont permis de visualiser les zones d’alimentation de la plante en eau. Un petit pas pour le géologue, un grand pas pour le viticulteur ? Au sein d’un consortium réunissant les UMR de Biogéosciences, Procédés Alimentaires et Microbiologique et Agroécologie, le laboratoire souhaite à présent élargir son champ de recherches et pouvoir construire des outils d’aide à la décision pour les viticulteurs. Tout comme les climatologues et les (micro)biologistes, les géologues sont prêts à relever ce nouveau défi.
Que nous apprennent les sols ?
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Dominique Delmas, Professeur des Universités, Groupe de recherche "Bioactive Molecules and Health" de l’équipe Inserm "Chimiothérapie, métabolisme lipidique et réponse immunitaire anti-tumorale" - Centre de Recherche INSERM U866
La santé dans la grappe ? En réponse à un stress, physique ou biologique, la vigne produit des molécules de défense appelées phyto-alexines, des sortes d’antibiotiques naturels. Et si elles avaient un rôle en santé humaine ? C’est tout l’enjeu de recherches innovantes (uniques en Bourgogne au sein de la thématique « Vigne et vin ») menées par l’équipe du professeur Dominique Delmas au sein du Centre de Recherche INSERM U866 de Dijon. Les phyto-alexines secrétées par la vigne se retrouvent dans la peau du raisin, donc dans le vin, mais aussi dans d’autres parties de la vigne qui sont élaguées, les « sous-produits » de la vigne. On peut isoler de ces « déchets » des composés… très utiles !
Des sous-produits de la vigne valorisés au profit de la santé humaine Ainsi, certaines phyto-alexines nommées « polyphénols », combinés à d’autres molécules (oméga-3), sont capables de diminuer la trop grande vascularisation de l’œil observée dans la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA), une maladie dégénérative de la rétine. Plus inédit, ce traitement (qui fait l’objet d’un dépôt de brevet) préserve l’intégrité de l’autre œil. Un « formidable espoir thérapeutique pour les ophtalmologistes » s’enthousiasme ainsi le professeur Delmas, responsable du groupe de recherche de l’équipe « Bioactive Molecules and Health » de l’équipe Inserm INSERM « Chimiothérapie, métabolisme lipidique et réponse immunitaire anti-tumorale ».

Des phyto-alexines jouent également un rôle dans des pathologies qui atteignent le système immunitaire, en agissant notamment sur des étapes communes à plusieurs de ces maladies (cardio-vasculaires, auto-immunes, etc.). Des recherches sont en cours au laboratoire pour évaluer si ces molécules pourraient prévenir le développement de certaines de ces maladies.
De nouvelles molécules actives identifiées Certaines phyto-alexines sont capables d’améliorer considérablement l’action de médicaments anticancéreux, en « conditionnant » les cellules tumorales à recevoir les médicaments, sans être toxiques pour les cellules saines. Or, la vigne contient une énorme variété de phyto-alexines, dont certaines sont connues, mais dont beaucoup ne sont pas encore identifiées ni caractérisées. « La découverte de nouvelles molécules actives est un gros challenge pour notre équipe ! Certaines pourraient faire l’objet d’un développement industriel : n’oublions pas que beaucoup de médicaments que nous utilisons proviennent des plantes ! » indique Dominique Delmas.

La viticulture de demain servira donc la santé humaine et réciproquement, car la connaissance des composés ayant un effet bénéfiques pour la santé pourraient influencer les pratiques viticoles, dans un cercle vertueux pour la plante comme pour l’homme.

La santé dans la grappe ?
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Daniel Wipf et Marielle Adrian - Respectivement Professeur des Universités, Directeur Adjoint de l’UMR Agroécologie, AgroSup Dijon, INRA 1347, Université de Bourgogne- ERL 6300 CNRS
et Professeur des Universités, Responsable de l’équipe Résistance Induite, Pôle Interactions Plantes Microorganismes au sein de l’UMR Agroécologie, AgroSup Dijon, INRA 1347, Université de Bourgogne- ERL 6300 CNRS. Directrice de l’Institut de la Vigne et du Vin Jules Guyot
Vers des pratiques viticoles respectueuses de l’environnement grâce à l'agroécologie
Stimuler les défenses naturelles de la plante pour réduire les fongicides, développer les associations bénéfiques entre la vigne et les champignons microscopiques du sol (ou mycorhizes), telles sont les recherches menées au sein du laboratoire d’Agoécologie.
Aider les vignes à se défendre Les viticulteurs sont contraints de protéger leurs vignes contre certaines maladies, comme le mildiou ou l’oïdium. Les fongicides, qui éliminent ou limitent le développement des champignons parasites des végétaux, sont largement utilisés mais ils posent des problèmes pour la santé comme pour l’environnement. De plus, les attentes sociétales actuelles portent sur une réduction de l’utilisation des pesticides. Au sein du « Pôle Interactions Plantes-Microorganismes », l’équipe du Pr. Marielle Adrian cherche donc de nouvelles solutions permettant de réduire l’utilisation des fongicides. Les recherches en cours portent sur une famille de composés appelés éliciteurs.

Les éliciteurs stimulent les défenses naturelles des plantes, autrement dit leur immunité. Le laboratoire du Pr. Adrian s’attache à comprendre comment ils agissent précisément sur la plante (mécanismes mis en œuvre), à identifier les plus efficaces et à maximiser leur efficience au champ. En ce sens, l’utilisation de biostimulants (sorte de « vitamines pour les plantes » capables d’améliorer la croissance, le développement et la physiologie des végétaux) et la mycorhization sont en cours d’étude.

Cette approche pourrait permettre de réduire les doses de fongicides utilisées tout en offrant une efficacité de protection acceptable par le viticulteur. Très concrètement, les derniers résultats de tests de ces composés réalisés « à la parcelle » sont très encourageants. Mycorhizes : vigne et champignon, une « association de bienfaiteurs » Une mycorhize est une association à bénéfices réciproques qui s’établit naturellement entre les racines des plantes et des champignons microscopiques du sol. Une symbiose « fréquente et intéressante pour la vigne car elle permet une meilleure tolérance à certains pathogènes ou au stress hydrique… mais est encore pleine de mystères ! » indique le Pr. Daniel Wipf. Directeur adjoint de l’UMR Agroécologie dont les recherches portent notamment sur :
- l’identification de la « carte d’identité moléculaire » des champignons mycorhiziens du vignoble bourguignon : soutenu par le Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne (BIVB), ce projet a permis de créer un outil actuellement utilisé pour réaliser un mini-atlas des sols viticoles du Bordelais ;
- les tests de nouvelles mycorhizations et l’étude de leurs bénéfices (par exemple lors de la complantation, le remplacement des manquants dans les parcelles) ;
- l’évaluation de l’impact des mycorhizes sur la qualité du fruit;
- l’identification des meilleures associations possibles entre les mycorhizes et d’autres facteurs (pratiques de gestion du vignoble, stimulations des défenses naturelles des vignes…) afin de sélectionner les plus efficaces.

Le rêve du Pr. Wipf ? « Etablir un lien entre la mycorhization et la qualité du raisin ! »… mais le chemin est encore long. En attendant, les recherches avancent, pour élucider certains mécanismes et, in fine, mieux conseiller les viticulteurs.
Comment aider les vignes à se défendre ?

Anticiper l’évolution du vin pour réduire les additifs

En matière de viticulture durable, le futur est déjà dans les labos de l’uB ! Certains chercheurs accélèrent le temps, d'autres peuvent modifier l’avenir… Plusieurs équipes travaillent actuellement sur des méthodes toujours plus innovantes pour anticiper l’aptitude au vieillissement d’un vin, et ce, très tôt dans le processus de vinification. L’objectif est, à termes, de permettre aux professionnels d’intervenir suffisamment tôt afin de limiter l’utilisation d’additifs (les sulfites, par exemple) ou d'identifier de nouvelles stratégies naturelles de préservation du vin.
Régis Gougeon, directeur de l’équipe PAPC, Maria Nikolantonaki et Christian Coelho (UMR PAM, équipe PAPC - Procédés Alimentaires et Physico-Chimie)
Au sein de l’UMR PAM (Procédés Alimentaires et Microbiologiques), Régis Gougeon, responsable du groupe d'étude Chimie du vin de l'équipe PAPC (Procédés Alimentaires et Physico-Chimie), et ses collègues Maria Nikolantonaki et Christian Coelho développent des techniques permettant de simuler des durées d'évolution du vin en bouteille de plusieurs années… en une heure ! Le but : déterminer ce qui fait qu’un vin, notamment bourguignon, pourra vieillir plusieurs années pour atteindre un optimum aromatique. De grandes séries de bouteilles de vin provenant d’un même producteur, d’un même millésime et d’une même parcelle peuvent ainsi être analysées afin « d'établir des profils complexes de composés présents dans le vin et identifier des marqueurs moléculaires responsables d’une future stabilité. » explique Maria Nikolantonaki.
Elias Bou-Maroun (UMR PAM - équipe PAPC), Régis Gougeon (UMR PAM) responsable de l'équipe PAPC, Jérôme Rossignol (ICB, équipe GERM - Groupe d’Etudes et de Recherches sur les Microondes)
L’équipe PAPC collabore également avec l’ICB (Institut Carnot de Bourgogne) dans le développement de capteurs extrêmement sélectifs pour détecter les marqueurs de stabilité oxydative dans le vin. « Un projet qui illustre parfaitement le caractère transdisciplinaire de la thématique Vigne et Vin », note Régis Gougeon.

En effet, il est né de l’association de deux compétences. Elias Bou-Maroun (UMR PAM – équipe PAPC) conçoit les matériaux capables de détecter avec précision un élément spécifique dans un vin. Déposés sur un circuit microondes, ils induisent une variation du fonctionnement de ce circuit en présence du composé chimique. La transformation de cette détection en un signal exploitable est possible grâce à Jérôme Rossignol (ICB – équipe GERM, Groupe d’Etudes et de Recherches sur les Microondes).
« Cet outil est capable de détecter un composé dans la gamme du nanogramme par litre », précise ce dernier. En plus de son extrême précision, il est destiné à être utilisé directement par les vignerons, sans laboratoire. Un gain de temps et d’argent. « L’objectif est de pouvoir suivre l’évolution des concentrations de leurs vins en temps réel, anticiper et mettre en œuvre des procédures économes en intrants et en interventions dès le début de l’élaboration. » conclut Régis Gougeon.
Hervé Alexandre (UMR PAM), directeur de l'équipe VALMIS
Le laboratoire PAM compte aussi une équipe spécialisée en microbiologie, l’équipe Valmis (Vin Aliment Microbiologie et Stress). Dirigée par Hervé Alexandre, elle a notamment développé des méthodes de détection rapide des levures d’altération, comme les Brettanomyces, et des bactéries acétiques. Deux cauchemars pour les vignerons : en trop grande quantité, les Brettanomyces donnent au vin une odeur désagréable. Quant aux bactéries acétiques, elles transforment le vin… en vinaigre.

Les méthodes élaborées par l’équipe Valmis permettent de faire un travail préventif et d’intervenir aussitôt qu’on détecte ces indésirables en concentration inquiétante. « Il y a une demande importante de la part des professionnels, précise Hervé Alexandre. A l’heure actuelle, les outils de détection ne sont pas toujours satisfaisants. La méthode que nous avons développée offre une solution alternative à ce qui existe actuellement et permet de quantifier de façon plus fiable, plus rapide et moins chère les micro-organismes. »
Savez-vous qu’il existe
une "Organisation des Nations Unies" du vin ?
Connaître le passé pour préparer le futur
Laurent Gautier (Maison des Sciences de l'Homme)
Coordinateur scientifique du programme
Professeur des universités, membre du centre interlangues, texte, image, langage (EA 4182)
Savez-vous qu’il existe une « Organisation des Nations Unies » du vin ? Il s’agit de l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin (OIV), un organisme législatif et réglementaire qui regroupe 45 pays viticoles. Depuis 1928, elle publie un bulletin bimestriel destiné à l’ensemble des acteurs de la filière, qui comprend l’ensemble des textes réglementaires pris par l’OIV, des données statistiques et économiques sur les transactions mondiales liées au vin et les dernières publications scientifiques. Un document incontournable pour les professionnels du vin mais, surtout, une collection d’archives inestimable sur l’évolution de la viticulture. Et ce n’est pas peu dire : elle compte aujourd’hui plus de 700 numéros et 14 000 articles ! Sont notamment présents tous les textes produits par l’OIV en matière de viticulture durable, qu’ils soient réglementaires, d’orientation ou de prospective. Le lecteur pourra également consulter les prises de position de l’organisation sur cette thématique. Des décennies d’archives numérisées, enrichies et accessibles à tous Pour préserver cette ressource et la rendre accessible à tous, la Maison des Sciences de l’Homme de Dijon a numérisé l’ensemble des bulletins papier et en propose une version enrichie. « Nous avons créé des index de consultation par auteur, par mots-clés mais aussi par données capitales pour la filière : appellations géographiques, organismes…, détaille Laurent Gautier, coordinateur scientifique du programme. Il est également possible de faire une recherche sur un mot précis en plein texte, et de naviguer d’une occurrence à l’autre, comme dans une liseuse. » L’ensemble est consultable gratuitement via le portail Pandor de la MSH. « Tous les publics peuvent interroger cette base : professionnels, chercheurs ou simples curieux, poursuit Laurent Gautier. Ce projet s’inscrit dans la durabilité en participant à l’économie du savoir partagé. » Consulter les bulletins de l'OIV
A noter que Benjamin Bois, maître de conférences en viticulture et climatologie à l'uB a été élu président de la commission viticulture de l'OIV jusqu'en 2018.
“Il ne peut y avoir durabilité qu’avec résilience systématique et adaptation au changement”
En relation permanente avec des chercheurs de toutes disciplines et de toutes nationalités, la Chaire UNESCO « Culture et Traditions du vin » de l'Université de Bourgogne accompagne au quotidien les pays viticoles de toutes les parties du monde dans le développement et le maintien de leur vignoble. « Nous œuvrons notamment à la sauvegarde du patrimoine historique, culturel et végétal, qui participent à la pérennité de la vigne et du vin dans ce monde en profonde mutation. » explique Olivier Jacquet, chargé de mission à la Chaire UNESCO. Une pérennité étroitement liée à l’adaptabilité. « Les vignobles bourguignons, bordelais ou italiens sont bimillénaires car ils ont su évoluer constamment, en adoptant des pratiques et des outils très modernes tout au long de leur histoire. Il ne peut y avoir durabilité qu’avec résilience systématique et adaptation aux changements en cours».
La recherche au service des professionnels
Si l’innovation naît dans les laboratoires, elle doit ensuite être mise à disposition des professionnels de la filière viti-vinicole. Par le biais des plateformes technologiques, la viticulture évolue, s’adapte et progresse pour faire face au temps.
Oenoviti, une plateforme technologique spécialisée en œnologie et viticulture
Oenoviti est une plateforme technologique qui propose des moyens humains, des compétences et des ressources technologiques de haut niveau aux laboratoires de l'université et aux professionnels de la filière viti-vinicole. En outre, elle apporte une expertise interdisciplinaire en biologie, climatologie de la vigne, chimie, microbiologie et sensorialité du vin.
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Ces ressources incluent notamment les activités de transfert qui concernent le domaine expérimental de Marsannay (expérimentations viticoles ou œnologiques, formations techniques....) et un parc analytique en lien avec les recherches (physico-chimie, métabolomique, microbiologie…) conduites au sein de l’UMR PAM (Procédés Alimentaires et Microbiologiques).

Parmi les expérimentations réalisées en 2016, Oenoviti a procédé à un accompagnement analytique et sensoriel de la société Amphoris dans son projet d’immersion de vins en mer. 4000 bouteilles ont ainsi été immergées au large d’Ouessant (Bretagne) à 60 mètres de profondeur pendant 12 mois. L’entreprise a fait appel à Oenoviti pour apporter un regard scientifique sur ce mode de vieillissement. L’étude consistait notamment à déterminer l’impact d’une immersion à l’abri de la lumière et à une température quasi-constante de 12° sur l'évolution de la composition et des propriétés sensorielles de vins issus de toutes les régions viticoles françaises.
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Les viticulteurs « plutôt en avance » dans le domaine de l’agroécologie
Agronov est un pôle d'innovation en agroécologie. Structure d’échange entre la recherche, l'enseignement et les filières agricoles, il coordonne les initiatives de projets collaboratifs au niveau régional, national et international.
Au printemps 2016, il a fait appel au laboratoire Cimeos (sciences de l’information et de la communication) : Clémentine Hugol-Gential, maître de conférence en sciences de l’information et de la communication, Jean-Jacques Boutaud, responsable du master en communication MASCI et co-responsable scientifique du GIP Bourgogne Vigne et Vin, et ses étudiants ont enquêté pour étudier la manière dont est perçue l’agroécologie par différents publics, dont les viticulteurs. « D’après nos différentes recherches, les viticulteurs sont plutôt en avance dans ce domaine par rapport aux autres agriculteurs, explique Clémentine Hugol-Gential. Ils mettent davantage en place des démarches liées à l’agroécologie, notamment sur la limitation des intrants et la préservation des sols. »

De manière générale, les viticulteurs bourguignons seraient plus sensibles à cette cause et utiliseraient des outils et des méthodes un peu plus innovants que les autres agriculteurs. « Néanmoins, nous n’avons pas noté une très forte disparité entre agriculteurs et viticulteurs » conclut la chercheuse.
Dans les formations à l'université : L’université de Bourgogne propose plusieurs formations en viticulture et viticulture durable à destination des professionnels d’aujourd’hui et de demain. Adossées à la recherche, elles intègrent à leurs programmes les dernières avancées scientifiques dans le domaine viti-vinicole et prennent en compte les problématiques actuelles du secteur.
Formations initiales Licence des Sciences de la vigne « S’adapter aux évolutions de la viticulture, à ses contraintes environnementales, à ses problèmes récurrents ou émergents » Master Pro Vigne, Vin, Terroir « Un contact privilégié avec le monde professionnel, permettant une confrontation aux problématiques actuelles de la filière viti-vinicole. » Voir les formations
Formations pros Le terroir viticole dans toutes ses acceptions « Savoir valoriser la référence au terroir dans ses dimensions culturelles et scientifiques. » Terroir vineyard Management « Comprendre les potentialités offertes par le milieu physique du terroir et adapter ses pratiques viticoles et œnologiques » Voir les formations
Il est d’usage de rappeler qu’il n’est de grand vignoble qu’aux côtés d’une grande recherche. Dans un contexte de changements globaux et face à des défis multiples et sans cesse renouvelés, filière, recherche et pouvoirs publics s’attachent à les relever ensemble au plan régional, pour le rayonnement et le développement du territoire et de ses vignobles. Les défis d’aujourd’hui et de demain ne manquent pas : environnementaux (changement climatique, réduction des intrants, lutte contre les ravageurs), économiques et sociaux (concurrence d'autres modèles viti-vinicoles, viabilité et rentabilité des entreprises, tissu social associé à la filière), technologiques (viticulture de précision, pratiques œnologiques, virage numérique). C’est donc par l’interrogation permanente des modèles viti-vinicoles en présence et de leur devenir, selon des approches globales et intégrées, que la région conservera la position dont elle bénéficie aujourd’hui, d’excellence à l’échelle mondiale. À cet égard, les équipes de l’Université de Bourgogne et leurs partenaires s’inscrivent au cœur de l’entreprise collective de développement d’une viticulture régionale durable et leader mondiale.
Dossier de la recherche, Novembre 2016 | L'uB au coeur de la viticulture durable.
Coordination, graphisme/webdesign et intégration : Nicolas Popovic, Virginie Fidon et Romain Bahr - service communication, université de Bourgogne
Rédaction : Elsa Fachinetti, Juliette Brey-Xambeu, Régis Gougeon et Florian Humbert
Photos : Virginie Fidon
Vidéo : Domaine de Davayé (71) | Réalisation R-PROD
Remerciements :
Régis Gougeon, Florian Humbert, Benjamin Bois, Daniel Wipf, Marielle Adrian, Dominique Delmas, Olivier Mathieu, Maria Nikolantonaki, Christian Coelho, Elias Bou-Maroun, Jérôme Rossignol, Hervé Alexandre, Laurent Gautier, Olivier Jacquet, Clémentine Hugol-Gential, Mathilde Rivière et Aurélie Boudenia. L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération.