université
de Bourgogne

« C’est important d’informer le public de ce que font les chercheurs »

Jean-Marie Lehn, lors de sa venue à l'université de Bourgogne Jean-Marie Lehn, lors de sa venue à l'université de Bourgogne

Jean-Marie Lehn a reçu le prix Nobel de chimie en 1987 pour ses travaux précurseurs en chimie supramoléculaire. Ce 30 mars, il était présent à l’uB pour donner une conférence grand public intitulée « De la matière à la vie : Chimie ? Chimie ! », organisée par le Club de Jeunes de la Société Chimique de France, en partenariat avec la section régionale et l’ICMUB (UMR CNRS 6302).

Qu’est-ce que la chimie supramoléculaire ?

J.-M. Lehn : C’est une branche de la chimie qui consiste à s’intéresser à ce qu’il se passe au-delà des molécules. J’appelle parfois cela de la « sociologie moléculaire » : on étudie les interactions, les répulsions, les attractions, les transformations au sein d’un ensemble de molécules… On peut donc faire une analogie avec la sociologie humaine. Ceci dit, l’étude des molécules est quand même plus simple !

Pourquoi avoir choisi la chimie ?

Au départ, je voulais faire des études de philosophie. Quand on a 17-18 ans, c’est fantastique de jouer avec de grandes idées. Puis j’ai pris conscience que je n’avais aucun moyen de vérifier la validité de mes hypothèses. C’est cela qui m’a poussé vers les sciences.

J’ai d’abord envisagé de me tourner vers la biochimie, qui est l’étude des processus naturels. Cependant, la chimie va plus loin, puisqu’elle permet de produire des choses qui ne sont pas naturelles, qui n’existent pas. C’était donc bien plus tentant.

Vous donnez cette conférence depuis maintenant plusieurs années. Pourquoi est-ce important, pour vous, de transmettre vos connaissances au grand public ?

Nous vivons dans une société où chacun a des occupations et des capacités différentes, c’est donc intéressant de partager ce que l’on sait. De plus, je considère qu’il est important d’informer les gens de ce que nous, chercheurs, faisons. Je n’oublie pas que c’est grâce à eux que nous pouvons mener nos recherches, car ce sont leurs impôts qui nous financent !

Pourtant, certains chercheurs refusent de faire de la vulgarisation…

On peut juger que simplifier, c’est ne pas être assez rigoureux. C’est un point de vue qui peut se défendre. Personnellement, je pense qu’il est intéressant de stimuler le public, et notamment les jeunes, même si cela m’oblige à être moins rigoureux dans mes explications.

Depuis quelques années, on note une désaffection des jeunes pour les études scientifiques. Pensez-vous que la vulgarisation soit un moyen de susciter à nouveau leur intérêt pour ces filières ?

Oui. Derrière de nombreuses choses du quotidien se cache une explication complexe, liée à la chimie, à la physique ou à la biologie. C’est en mettant en évidence ces applications concrètes que l’on peut intéresser à nouveau les jeunes. Par exemple, savez-vous que des chercheurs ont étudié la formation des taches de café ou des bulles de champagne ? Ce sont ces petites choses qui, à la lumière de la science, nous permettent de comprendre comment marche le monde. Je pense que c’est sous cet angle qu’il faut présenter les sciences pour les rendre plus attrayantes.