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Jean-Pierre Sauvage : « La science est indispensable ! »

Jean-Pierre Sauvage : « La science est indispensable ! » Crédits photo : Catherine Schröder / Université de Strasbourg

Jean-Pierre Sauvage, chimiste au laboratoire de Chimie Organo-Minérale de l'université de Strasbourg, a reçu le prix Nobel en octobre 2016. Nous l'avons rencontré à l'occasion de sa venue à l'ICMUB lors du colloque ISMEC.

Vous avez reçu le prix Nobel de chimie pour vos travaux sur les machines moléculaires. De quoi s'agit-il ?

Ce sont des molécules dont nous pouvons contrôler les mouvements. Nous sommes désormais capables de créer des moteurs linéaires ou rotatifs à l'échelle du nanomètre ! Dans mon laboratoire particulièrement, nous sommes parvenus à créer des muscles mesurant entre 5 et 8 nanomètres, qu'on peut étirer et contracter en leur envoyant des électrons ou en les irradiant avec de la lumière.

Un nanomètre par rapport à un mètre est l'équivalent d'un bâton de 30 cm par rapport à la distance entre la Terre et la Lune !

Quelles sont les applications possibles de ces travaux ?

Il y a déjà des essais très sérieux dans le domaine du stockage et du traitement d'information. Dans le domaine de la nanomédecine, également. Par exemple, nous pourrions utiliser ces objets nanométriques pour livrer des médicaments dans un organisme via les fluides. Sur le long terme, je suis très confiant sur les possibilités offertes par les machines moléculaires. Les premiers essais sont très prometteurs.

Votre ancien directeur de thèse, Jean-Marie Lehn, se rêvait philosophe avant de devenir chimiste. Et vous, avez-vous toujours voulu faire de la chimie ?

J'ai toujours aimé la chimie mais, après le bac, j'étais bien meilleur en maths. Cependant, un mathématicien ne manipule que des idées. Le chimiste, lui, est capable de créer des objets, souvent compliqués, qui n'existent pas. Un peu comme un artiste ! Puis il étudie les propriétés que ces objets présentent et démontre l'existence de ces propriétés. Ce sont ces aspects « matière » et « création » qui me plaisent.

Qu'est-ce qui a changé pour vous depuis l'obtention du prix Nobel ?

Ce prix a fait basculer ma vie. Je suis passé d'une vie normale à une vie extrêmement active. Je reçois énormément de sollicitations et je donne de nombreuses interviews et conférences de presse. Cela me permet aussi d'interagir avec beaucoup de gens, en particulier des jeunes. Une vingtaine de lycées sont déjà venus me voir dans mon institut. 
J'essaie de montrer aux lycéens l'intérêt de la chimie et des sciences. Je donne régulièrement une conférence vulgarisée autour de mon domaine de recherche. Après la présentation, je sollicite les jeunes du public pour qu'ils me posent des questions. On passe ainsi deux heures à discuter ensemble. En général ça se passe très bien, les lycéens sont très contents.

Certains chercheurs n'aiment pas vulgariser, estimant que cela nuit à la rigueur scientifique. Qu'en pensez-vous ?

Je ne suis pas du tout d'accord. On peut perdre en rigueur, être approximatif, parfois même dire des choses fausses... l'essentiel est que le public comprenne et s'intéresse. Le plus important, c'est de communiquer et d'essayer de convaincre les gens que la science est complètement indispensable. Elle est à l'origine de tous les progrès.