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de Bourgogne

SenseCam et maladie d’Alzheimer : 1 an après

Nous avions rencontré Christopher Moulin, chercheur en neuropsychologie au LEAD, voilà un an. Son objectif : aider les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer à se souvenir grâce à la SenseCam (aujourd’hui Autographer), mini appareil photo se portant autour du cou.

Après les essais avec des patients, il partage les premiers résultats.

ACTU-sensecam-2014Le principe : Un cliché toutes les 2 à 3 secondes. Une solution pour rappeler aux patients les évènements de la journée grâce à la visualisation des images prises par l’appareil.
Le protocole est mis en place depuis septembre 2013. 8 patients du CHU de Dijon et leur entourage ont déjà accepté de tester le procédé.
Alors la Sensecam, est-ce que ça marche ?

Le protocole

Il se déroule sur 8 jours et se base sur 2 aides mémoire : « Pour la première étape, les patients remplissent un journal de bord racontant leurs activités quotidiennes. Ca se passe sur 3 jours et le 4e, je viens lire avec eux le contenu de ce journal. La 2e étape concerne l’Autographer. Les patients portent la caméra durant 3 jours consécutifs. La visualisation se déroule le 4e jour », explique Charline Cerf, neuropsychologue au LEAD.

« Une meilleure mémoire épisodique »

ACTU-sensecam2-2014« La mémoire épisodique est meilleure », constate Christopher Moulin. Elle permet le souvenir d’évènements vécus avec leur contexte (date, lieu, état émotionnel). La maladie d’Alzheimer atteint principalement cette forme de mémoire. « On a aussi remarqué une stimulation cognitive chez la plupart des patients, c’est-à-dire qu’ils se souviennent d’éléments vécus qui n’apparaissent pas forcément sur les photos de la Sensecam » poursuit le chercheur.

Un petit bémol inattendu s’est invité dans le processus. La mini-caméra, pourtant aux allures de MP3, n’a pas remporté tous les suffrages auprès des personnes âgées volontaires pour le protocole.
« Contrairement à ce qu’on pensait, la petite caméra a parfois été reçue avec difficulté par les personnes atteintes de la maladie, nuance Chris. ‘Je ne veux pas que les gens voient dans la rue que je suis malade’, ‘je suis cobaye’, etc. Les personnes âgées souffrant de cette pathologie ont du mal a accepter de ne plus être aussi performant qu’avant. C’est avec les patients ayant des troubles mnésiques légers que le protocole fonctionne le mieux ».

Recherche de personnes saines pour suivre le protocole

Les prochaines étapes, en plus de poursuivre les tests sur les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, devraient concerner des personnes saines de la même tranche d’âge des personnes testées (de 59 à 80 ans).
Amis lecteurs, vous pouvez « aider la science » en participant au protocole du LEAD.

« On est dans une lutte au niveau cérébral, entre un processus pathologique progressif et un système de compensation où le cerveau est capable de se régénérer par des connexions : ça, on sait qu’on peut le faire ».

Les autres vies de la SenseCam

SenseCam et maladie génétique

Un projet avec le Laboratoire Génétique et Anomalie du Développement (GAD) devrait voir le jour.
La SenseCam pourrait être utile pour aider des enfants atteints d’une maladie génétique rare, le syndrome de Williams. L’un des symptômes de la maladie concerne les troubles mnésiques. Les enfants sont ravis de porter l’objet autour de leur cou !

SenseCam et tourisme

Les neuropsychologues du LEAD pensent que la SenseCam pourrait épauler les personnes souffrant de troubles de la mémoire lors de leurs voyages touristiques. Un moyen pour eux de visualiser les visites de lieux culturels pour mieux s’en souvenir. Un partenariat est en cours avec l’Abbaye de Cluny.

Clichés pris avec la Sensecam




Remerciements à Stephane Aragon, L.E.A.D pour la réalisation de cette vidéo.
Regard médical : mieux comprendre la maladie pour saisir l’importance des outils tels que la SenseCam

Olivier Rouaud, Responsable du CMRR (Centre Mémoire de Ressources et Recherche), Neurologue

ACTU-SENSECAM-rouaud-2014«  L’Autographer (SenseCam) a été proposé à certains patients volontaires traités au centre de la mémoire du CHU que je dirige.

Pour traiter la maladie d’Alzheimer, 2 angles sont possibles : attaquer la maladie en elle même avec des essais de médicaments ou vaccins potentiels.
L’autre angle d’attaque concerne le symptôme et vise à l’atténuer, voire l’améliorer. Le cerveau, même malade, a des capacités à maintenir des connexions et en créer des nouvelles. L’objectif est de jouer sur les systèmes de compensation qui demandent à être stimulés pour être créés.

Réactiver des traces de mémoire

L’équipe du LEAD, composée d’experts de la mémoire et méta-mémoire travaille à réactiver ou créer des traces de mémoire pour avoir un effet sur l’autonomie, élément principal dans cette pathologie en terme de retentissement fonctionnel.

La SenseCam apporte des bénéfices sur des patients au stade léger de la maladie d’Alzheimer.
Elle peut constituer un vecteur qui permet de revivre les choses de façon chronologique, en utilisant d’autres paramètres cognitifs. Se revoir dans une situation, invoque d’autres structures cérébrales probablement restées intactes. On a ainsi accès au souvenir par un autre chemin.

On sait qu’on peut le faire

On est dans une lutte au niveau cérébral, entre un processus pathologique progressif et un système de compensation où le cerveau est capable de se régénérer par des connexions : ça, on sait qu’on peut le faire.

Biologiquement, la maladie commence au milieu de la vie mais elle met environ 20 ans pour se déclarer sur le plan des symptômes. Il faut que 70% des processus soient altérés pour qu’elle se manifeste.

Une réserve cognitive

Des gens meurent aujourd’hui avec la maladie dans leur cerveau sans qu’ils en aient eu les symptômes. Ils ont adopté sans le savoir, des stratégies de compensation.
Le cerveau dispose de ce qu’on appelle une « réserve cognitive » plus ou moins efficiente suivant le niveau d’éducation, l’hygiène de vie, les activités physiques, le niveau culturel ou la vie sociale que l’on a eu tout au long de sa vie.

L’important aujourd’hui est le diagnostic précoce pour proposer des stratégies de compensation le plus tôt possible  ».