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de Bourgogne

Sonde Rosetta : Découvertes à l’uB autour des origines du système solaire

Un chercheur de l'uB a travaillé sur les mesures faites par la Sonde Rosetta sur la comète « Chury ». Les résultats nous en apprennent un peu plus sur l'histoire du système solaire.

Jean Marc Simon, du laboratoire Interdisciplinaire Carnot de Bourgogne (ICB) a travaillé directement sur les mesures réalisées par la sonde Rosetta sur la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko (« Chury »). Vincent Boudon fait également partie du laboratoire ICB et est vice-président de la Société Astronomique de Bourgogne.

Pouvez-vous nous parler du contexte de cette étude ?

actu Rosetta at Comet landscape node full image 2J.M. Simon : Le projet a débuté par une bourse de recherche dans le cadre du PRES Bourgogne Franche-Comté avec comme partenaires Marcos Salazar (laboratoire ICB), Sylvain Picaud (Laboratoire UTINAM) et Olivier Mousis (laboratoire d'astrophysique de Marseille / UTINAM) afin de travailler sur la thématique des clathrates (hydrates de gaz). Olivier Mousis a pris part à l'étude de la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko (« Chury ») étudiée par la sonde européenne Rosetta. Il nous a parlé du fait que cette comète était faite d'hydrates de gaz et nous a proposé de travailler sur ce sujet. Il savait qu'il aurait des résultats provenant de la sonde, et nous a demandé de faire des calculs afin de les anticiper. Ils sont tombés il y a moins d'un mois sur un article pour Science et il voulait absolument une analyse théorique complémentaire juste après sa parution.

Quels sont les enjeux de votre découverte ?

J.M. Simon : L'article que nous avons écrit est dans la continuité de celui paru dans Science. Les chercheurs ont démontré qu'il y avait de l'azote sur la comète, ce qui est déjà quelque chose d'assez nouveau. A partir de leurs mesures, nous avons pu réaliser des calculs qui montrent que la température durant sa formation se situait entre -241 et -203°C. Nous pouvons alors proposer un schéma de l'histoire de la formation de cette comète.
V. Boudon : Au-delà, nous pourrons aussi proposer un scénario de la création du système solaire. Nous pouvons dire maintenant grâce à ces résultats, que les comètes se sont formées dans une zone très froide, très loin du jeune Soleil, celui-ci étant extrêmement chaud.
J.M. Simon : Le deuxième point intéressant, c'est de montrer qu'il est normal de trouver de l'azote dans ce type de comète. Étant faite essentiellement d'eau, elle peut piéger de l'azote ainsi que d'autres gaz (oxyde de carbone, ...). Ces données sont primordiales puisque l'azote est un gaz très important en particulier dans l'apparition de la vie. La biologie humaine, par exemple, est basée sur la biologie de l'azote et du carbone : les acides aminés contiennent de l'azote (les protéines sont composées d'acides aminés-ndlr) et l'atmosphère terrestre est composé de 70 à 80% d'azote.
V. Boudon : Concernant la terre, la zone dans laquelle elle s'est formée était chaude. Plusieurs éléments n'étaient pas présents et ont dû être apporté soit par des comètes, des astéroïdes ou d'autres choses encore. On ne le sait pas encore. On est sûrs cependant que ce n'est pas une comète de cette famille puisque Rosetta a aussi montré que l'eau de Chury est différente de celle qu'on trouve sur terre.
Il faut savoir que la mission est encore loin d'être finie, il y aura d'autres mesures réalisées par la sonde Rosetta qui nous permettront de confirmer ou non nos hypothèses.

Est-ce que cette étude permet au laboratoire d'avoir une plus grande visibilité ?

V. Boudon : Oui, quand on peut contribuer à des résultats d'une mission spatiale c'est sûr que ça permet une plus grande visibilité. Mais elle renforce aussi les interactions et collaborations avec d'autres disciplines et d'autres laboratoires, notamment en Franche-Comté.
J.M. Simon : C'est une étude pluridisciplinaire, notre laboratoire étant pluridisciplinaire, ça prend tout son sens. On n'envisage plus aujourd'hui de faire de la science sans avoir de contacts avec d'autres disciplines, à l'autre bout du couloir mais aussi dans la région, en France et dans le monde. Ce sont des sujets qui sont très complexes qui nécessitent de mutualiser les compétences et connaissances de chacun.
V. Boudon : C'est quelque chose de très nouveau, il y a seulement 15 ans ça ne se faisait pas encore. On voit aujourd'hui que même la recherche fondamentale peut apporter quelque chose sur des problèmes très concrets.

En savoir plus :
Laboratoire Interdisciplinaire Carnot de Bourgogne (ICB)
Laboratoire Univers, Transport, Interfaces, Nanostructures, Atmosphère et environnement, Molécules (UTINAM)
Société Astronomique de Bourgogne
Actualités de la sonde Rosetta