université
de Bourgogne

Vitamine E transportée dans le cerveau : Collaboration fructueuse entre les universités de Bourgogne et de Montpellier

Le Laboratoire d'Excellence (LabEx) LipSTIC étudie comment la vitamine E est acheminée dans le cerveau. D'après les dernières études réalisées, une carence en vitamine E aggraverait les symptômes des maladies neuro-dégénératives telles qu'Alzheimer.

Actu-VitamineE-Transport-Cerveau-2013

Nous savions, grâce aux études réalisées, que la maladie d'Alzheimer s'accompagnait d'une augmentation du stress oxydant (attaque des cellules entraînant le vieillissement et des troubles neuro-dégénératifs) dans le cerveau. Les chercheurs viennent de montrer qu'une réduction du taux de vitamine E dans le cerveau favorise la progression des maladies neuro-dégénératives et du déclin cognitif associé. Un lien de causalité entre carence en vitamine E et aggravation des troubles cognitifs liés à ces maladies serait ainsi établi.

Le LabExLipSTIC, coordonné par le travail du Dr Catherine Desrumaux, CR1 Inserm, semble avoir découvert le moyen d'intégrer de la vitamine E en facilitant son passage à travers la barrière hémato-encéphalique, barrière entre la circulation sanguine et le système nerveux central. Ce transport est possible grâce à une protéine spécifique PLTP (Protéine plasmatique de transfert des phospholipides). Une des fonctions de cette protéine serait de diminuer le stress oxydant provoqué par le manque de vitamine E dans le cerveau, réduisant de fait les pertes de mémoire et déficits cognitifs constatés en cas de carence. Cette nouvelle découverte ouvre de nouvelles perspectives dans la prévention et le traitement des maladies neuro-dégénératives telles qu'Alzheimer.

Le test du labyrinthe en Y

Certains tests permettent de caractériser les différents troubles comportementaux observés dans les modèles expérimentaux des maladies neuro-dégénératives. Ainsi, le test du labyrinthe en Y permet par exemple de saisir les défaillances de la mémoire à court terme chez la souris. La souris est naturellement portée à découvrir l'ensemble des recoins d'un dispositif non encore exploré. Ainsi, une souris 'normale' placée dans ce dispositif constitué de trois branches, aura tendance, grâce à ses capacités de mémorisation à court terme, à visiter successivement chacune d'entre d'elles sans revenir sur celles déjà explorées. Or, les souris « PLTP-Knocked-out », chez lesquelles le gène de la PLTP a été invalidé par manipulation génétique, montrent une diminution de leur capacité à mémoriser à court terme les branches du dispositif déjà explorées, et sont ainsi amenées à explorer le labyrinthe sans tenir compte de leur expérience antérieure récente. « Le constat est clair : les souris chez lesquelles l'expression du gène de la PLTP a été supprimé présentent un défaut de transport de la vitamine E dans le cerveau, des déficits cognitifs et une aggravation de la mémoire à court terme. A l'inverse, lorsque ces souris ont été nourries avec un régime supplémenté en vitamine E, les troubles diminuent de manière significative », explique Laurent Lagrost, Directeur du Centre de recherche Inserm-uB UMR 866 Lipide Nutrition Cancer (LNC) et coordinateur du LabExLipSTIC. Ces travaux constituent une avancée importante qui marque le début d'un long processus de recherche.

« Aller chercher les compétences là où elles sont plutôt que de réinventer »

Ces avancées scientifiques progressent à grand pas grâce au partage des compétences et à la mutualisation des forces. Le LabExLipSTIC, auquel participent 3 pôles de compétitivité (Vitagora, Eurobiomed, Medicen), fédère 23 équipes de recherche, en particulier celles de l'Université de Bourgogne et de Franche-Comté. « Aujourd'hui, l'effort de recherche nécessite d'identifier les compétences là où elles se trouvent, de regrouper les forces et d'interconnecter les acteurs. L'approche unique et solitaire d'une problématique de recherche complexe est aujourd'hui forcément réductrice, déclare le coordinateur du LabExLipSTIC. La collégialité et la dimension partenariale sont plus que jamais essentielles ». Dans ce projet, le modèle de souris « PLTP-Knocked-out » a été initialement importé de la Columbia University à New-York, aux Etats-Unis : les forces et les connaissances de Montpellier (Université de Montpellier 2 en collaboration avec l'entreprise Amylgen) ont été sollicitées, notamment le travail conduit par le Dr Catherine Desrumaux sur la vitamine E et les maladies neuro-dégénératives. L'Université de Franche-Comté est, enfin, également de la partie. Laurent Lagrost en est convaincu : les résultats acquis récemment illustrent à nouveau combien la mutualisation des connaissances et des expertises constitue un formidable accélérateur de l'innovation dans le domaine biomédical.

PARCOURS : Laurent Lagrost : créer un maillage avec les autres universités.

Actu-L-Lagrost-2014Passionné par le fonctionnement du vivant, Laurent Lagrost poursuit des études de biologie à l'Université de Bourgogne. Après sa thèse de doctorat, il exerce quelques années dans un Institut réputé de Recherche Cardiovasculaire en Australie aux côté du Professeur Philip Barter. Il rentre à l'INSERM en 1992 en tant que Chargé de Recherche, puis Directeur de Recherche en 2000. Depuis 2010, il dirige le Centre de Recherche Inserm-uB UMR 866 « Lipides Nutrition Cancer-(LNC) » renouvelé en 2012 pour 5 ans. Laurent Lagrost est Coordinateur du LabExLipSTIC (Lipoprotéines et santé : prévention et traitement des maladies inflammatoires et du cancer). « Une question, c'est le début d'une aventure »

 

LipSTIPC, ce sont :
23 équipes de recherche
140 personnes mobilisées
6 universités impliquées (uB, UFC, Nancy, Aix-Marseille, Paris 11, Montpellier)
4 centres d'investigation clinique
1 centre de ressources biologiques (Ferdinand Cabanne)
1 plate-forme nationale « Qualité de vie et cancer »
8 entreprises ayant déclaré leur soutien au projet, dont 3 entreprises partenaires directes (Nexidia-Dijon, BioProtein Technologies-Jouy-en-Josas, Amylgen-Montpellier)
43 M€ de budget sur 8 ans, dont 6 M€ de dotation pour le LabEx.
Ce budget est conforté par un budget substantiel des conseils régionaux de Bourgogne et de Franche-Comté.